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Depuis plusieurs années, je fonde mes recherches sur la marche, la déambulation et l’observation attentive d’espaces naturels, dans différentes régions et différents pays. En étudiant des forêts, des montagnes, des plages, un processus intuitif s’installe. Je repère des fleurs sauvages, des roches, des branches que je recueille ou photographie, et j’écris dans mes carnets de terrain mes impressions sur mes découvertes. Toutes ces pistes – objets naturels, notes, croquis, photographies – sont la matière brute dans laquelle je puise au retour à l’atelier. Chaque recherche se révèle par une création de pièces inspirées de mes trouvailles sur le terrain. Ces pièces s’accumulent progressivement, au fil des sorties en nature et des explorations, pour devenir de vastes ensembles, dressant ainsi des portraits personnels, en fragments, de chaque territoire visité.
Le dessin est la première assise sur laquelle repose toute recherche. J’analyse mes trouvailles en simplifiant leurs lignes, en modifiant leur échelle et en délaissant leur volume pour les travailler en aplats. Les sujets étudiés apparaissent sur papier dans des compositions libres issues d’associations spontanées, de superpositions, de jeux de transparence. À la fois épurés et excessifs, les dessins révèlent des silhouettes dessinées en touches légères et en traits fins, qui se complexifient par l’abondance de formes, de couleurs douces, de nuances subtiles.
En parallèle à la création des dessins apparaissent des objets – de céramique, de plâtre, de papier –, des estampes, des textes – poésie ou récit poétique – et des livres d’artiste imaginés comme un prolongement aux dessins, mais dans une autre forme, un autre langage. Toutes ces pièces, quel que soit le médium choisi, se répondent secrètement, se font écho et se déploient avec patience, avec une délicatesse et une minutie inébranlables. Elles prennent ensuite place dans l’espace, dans des installations intimistes, trouvent leur point d’ancrage momentané dans des ensembles en constante mouvance.
Émilie Bernard vit et travaille à Cap-Chat en Gaspésie. Son travail récent a entre autres été présenté à Engramme (Québec), à l’Œil de Poisson (Québec), à Voart (Val-d'Or), à Panache (Sept-Îles), à la Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce (Montréal), au Centre d’art de Kamouraska et au Centre d’artistes AdMare (Îles-de-la-Madeleine). Dans les dernières années, elle a réalisé des résidences de création dans diverses régions du Québec, au Vermont, en Finlande, en Islande, en Arménie, en France, en Alberta et au Nouveau-Brunswick. Ses œuvres font partie de nombreuses collections privées ainsi que de la collection d'œuvres d'art de la Ville de Montréal. En 2025, elle reçoit le Prix du CALQ - Artiste de l’année en Gaspésie.